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Mandela et les communistes : une passion africaine

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Mandela: le poing et l'amourFormé à la politique par ses amis, souvent communistes, Nelson Mandela est passé d’une franche hostilité au communisme à un compagnonnage solide et durable avec les communistes sud-africains. Il a largement puisé dans leur manière de penser la société pour forger sa conception d’une Afrique du Sud multiculturelle.

Si Nelson Mandela est connu de tous et partout, ses écrits le sont moins. À propos de son rapport au communisme, on trouve sur le Net la propagande d’extrême droite, qui en a fait un agent rouge. Ses calomniateurs ne font là que reproduire les accusations des dirigeants de l’Apartheid qui lui firent la chasse et le condamnèrent, comme tant d’autres, au nom de la lutte contre le communisme. Ce qui est plus étonnant, cette fois du côté des partisans de l’émancipation, c’est la rareté des réflexions sur la construction politique de la lutte anti-Apartheid – l’alliance entre l’ANC, le Parti communiste sud-africain (SACP) et le syndicat COSATU -, le silence sur le rôle majeur joué par les communistes dans la détermination de la stratégie victorieuse face à la ségrégation.

Or, dans ses Mémoires intitulées Un long chemin vers la liberté (1), commencées en 1974 en prison et terminées dans les années 90, Nelson Mandela a largement traité de son rapport au communisme, au PC sud-africain et de ses relations avec les communistes. Et dans les stratégies successives de lutte – désobéissance civile, grèves et campagnes de boycott ; puis, clandestinité et lutte armée ; enfin, négociation de la sortie de l’Apartheid -, il s’est constamment appuyé sur une solidarité étroite et revendiquée avec le SACP.

Peuple conquis, peuple d’esclaves

Né à Mvezo, un petit village de la région du Transkei (région du Cap et du Natal), Nelson Mandela a vécu son enfance au sein de la tribu Thembu, dont son père était le chef désigné « par la naissance et la coutume ». À l’école, il reçoit un enseignement britannique, qui ignore la culture africaine. À 9 ans, confié à un tuteur après le décès de son père, il s’initie au fonctionnement des institutions locales de Mqhekezweni, mission de l’Église évangélique : réunions tribales ouvertes à tous, où le régent et ses conseillers jouaient à la fois le rôle de parlement et de cour de justice : « les réunions duraient jusqu’à ce qu’on soit arrivé à une sorte de consensus. (…) l’unanimité pouvait consister à ne pas être d’accord et à attendre un moment plus propice pour proposer une solution » Le garçon y apprend qu’une « minorité ne devait pas être écrasée par une majorité. » Il date de cette époque sa propension à exprimer une position en « représentant d’un consensus de ce que j’avais entendu dans la discussion ».

Adolescent puis, selon la culture de l’ethnie Xhosa dont sa tribu fait parti, devenu adulte après avoir été circoncis, Mandela assiste à une journée où interviennent des chefs locaux. L’un d’eux : « Nous, les Xhosas, et tous les Noirs d’Afrique du Sud, nous sommes un peuple conquis. Nous sommes esclaves dans notre propre pays. Nous sommes locataires de notre propre terre. Nous n’avons aucune force, aucun pouvoir, aucun contrôle sur notre propre destinée dans le pays de notre naissance. (…) Les cadeaux [faits aux jeunes qui viennent d’être circoncis] que nous leur faisons aujourd’hui n’ont aucune valeur, car nous ne pouvons leur offrir le plus grand de tous les cadeaux, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance. » Une graine était semée…

Mandela poursuit ses études au collège de Clarkebury, le meilleur établissement pour Africains de la région. Il est surpris que les enseignants blancs de l’établissement se lèvent lorsque le chef d’établissement, un révérend noir, entre dans une pièce. Sa conviction se forge alors que ce n’est pas le manque de capacités qui limite son peuple, mais le manque de moyens. À 19 ans, il rejoint le lycée africain de Fort Beaufort, dans la région d’Umbata, dépendant lui aussi de l’Église méthodiste. Il y accède à un enseignement chrétien et libéral, où l’on apprend que « les meilleures idées étaient les idées anglaises ». Il côtoie des élèves et des professeurs d’autres tribus, et il commence à ressentir comme un emprisonnement « le tribalisme et l’esprit de clocher ». À la fin du lycée, Mandela assiste à une conférence au cours de laquelle le poète xhosa Krune Mqhayi évoque « le conflit brutal entre ce qui est indigène et bon et ce qui est étranger et mauvais », appelant à rejeter l’homme blanc car il est étranger. Il en ressort avec « l’impression de faire partie du peuple élu » et, en même temps, avec le sentiment qu’il existe une parenté entre tous les Africains. Il est loin d’une vision multiculturelle.

À 21 ans, Mandela entre à l’université de Fort Hare, l’unique centre d’enseignement supérieur pour les Noirs d’Afrique du Sud. Il est membre de l’Association chrétienne des étudiants et se met à participer à des mobilisations syndicales, qui aboutissent à son exclusion. À son retour forcé à Mqhekezweni, le régent annonce à ses fils – son fils de sang et son fil Nelson - leurs prochains mariages arrangés. À cette époque, « j’avais des idées plus avancées sur le plan social que sur le plan politique. Alors que je n’aurais pas envisagé de lutter contre le système politique des Blancs, j’étais prêt à me révolter contre le système social de mon propre peuple. » Pour se soustraire à ces mariages, les deux hommes s’enfuient à Johannesburg.

Nationalisme africain, lutte raciale ?

Désireux de devenir avocat, et pour cela de passer d’abord une licence universitaire, Mandela a aussi besoin de travailler. C’est à ce moment qu’il rencontre l’un de ses futurs compagnons de combat, Walter Sisulu - formé par des membres du SACP -, ainsi que Lazar Sidelsky, qui dirige l’un des grands cabinets de la ville. Ce dernier considérait que « seule l’éducation de masse libèrerait le peuple » et « soutenait qu’un homme éduqué ne pouvait être opprimé parce qu’il pouvait penser seul|». Et il concevait la loi comme « un outil qu’on doit utiliser pour changer la société ». Au sein de ce cabinet, Mandela rencontre Gaur Radebe, un responsable de l’ANC et du Parti communiste, ainsi que Nat Bregman, son premier ami blanc. Gaur souligne à ses yeux, en opposition aux propos de Sidelsky : « L’éducation est essentielle pour nos progrès mais aucun peuple ni aucune nation ne s’est jamais libéré par la seule éducation. » Il joue un rôle déterminant dans la formation politique de Mandela, en particulier sur la nécessité de dénoncer le racisme en général et de défendre l’idée que « tous les habitants [donc les Blancs aussi] de l’Afrique du Sud devaient être des citoyens à part entière ».

Avec eux, Mandela parle souvent du communisme. Il consigne dans ses mémoires : « Je n’avais nullement l’envie de rejoindre une organisation politique quelconque (…). J’étais aussi très pieux et l’hostilité du Parti communiste envers la religion me déroutait. » À cette époque, il considère encore que la lutte en Afrique du Sud est « purement raciale », et que la lutte des classes s’applique peut-être mais ailleurs, en Europe ou en Russie. Cependant, il assiste à des réunions et des conférences du PC, stupéfait d'y constater que les différences de couleur sont « abolies ». À 25 ans, il participe pour la première fois à une manifestation publique organisée par l’ANC.

Après sa licence, Mandela devient le seul étudiant africain de l’Université du Witwatersrand, à Johannesburg. C’est là qu’il rencontre Joe Slovo et de nombreux militants de l’ANC, d’autres organisations de lutte de libération et du Parti communiste, qui formeront « l’avant garde des mouvements politiques les plus importants des prochaines années ». Il est séduit par le nationalisme d’Anton Lembede et d’AP Mda, qui se présente comme un « antidote au gouvernement étranger et à l’impérialisme moderne ». Dans les cercles militants, beaucoup critiquent l’ANC pour un certain élitisme et le déficit de campagnes de masse.

Sur la base de ce constat est créée, contre l’avis du président de l’ANC, la Ligue de la jeunesse, destinée officiellement à aider au recrutement de jeunes pour l’ANC. Dans son manifeste constitutif, la Ligue de la jeunesse reprend les principes d’origine de l’ANC : « Le nationalisme était notre cri de guerre, et notre credo la création d’une nation composée de différentes tribus, le renversement de la suprématie blanche et l’établissement d’une forme vraiment démocratique de gouvernement. » Le texte énonçait ainsi : « Nous croyons que la libération nationale des Africains sera réalisée par les Africains eux-mêmes », formule librement adaptée (ou détournée !) du texte de la première Association internationale des travailleurs, rédigé par Karl Marx en 1864.

C’est une période où Mandela est « extrêmement méfiant » à l’égard du communisme, refusant l’importation d’une « idéologie étrangère » et craignant que la composition du PC, dirigé par des Blancs, « sape la confiance des Africains ». Mandela souligne : « L’africanisme de Lembede n’était pas universellement partagé parce que ses idées se caractérisaient par un racisme exclusif qui troublait certains jeunes membres de la Ligue. Ils pensaient qu’un nationalisme qui accepterait des Blancs sympathiques à la cause était meilleur. D’autres, dont moi-même, rétorquaient que si l’on offrait aux Noirs une forme de lutte multiraciale, ils resteraient passionnés par la culture blanche et victimes d’un sentiment d’infériorité. À l’époque, j’étais fermement opposé à l’entrée des communistes ou des Blancs dans la Ligue. » Ainsi, Mandela était proche des idées de Lembede, craignant des communistes « la supériorité de leur éducation, de leur expérience et de leur formation ». Il s’oppose d’ailleurs à des campagnes communes avec le Parti communiste. Cependant, comme dirigeant de la Ligue de la jeunesse, il subit une « défaite importante » lors d’une conférence de l’ANC, lorsqu’il demande l’exclusion de tous les membres du PC.

Mandela n’en côtoie pas moins constamment les responsables communistes. Ainsi, il rencontre JB Marks à l’occasion d’une grande grève des mineurs, en 1946 : « Nous parlions longuement de mon opposition au communisme. [Marks] ne me gardait pas rancune de mes objections, et il trouvait normal qu’un jeune épouse le nationalisme, mais en vieillissant et en acquérant de l’expérience, mes conceptions s’élargiraient. » Dans la période, le débat se développe sur les modes de lutte de l’ANC : comment supprimer la peur ? comment développer un esprit de défi par rapport au pouvoir ? comment développer une action de masse ? Mandela pensait alors - et il en fait une évocation critique - que l’ANC « ne devait participer qu’aux campagnes qu’il dirigeait. Ce qui m’intéressait, c’était de savoir qui en tirait le bénéfice et non si la campagne réussissait. » Cette conception allait jusqu’à un sens de la discipline militante pouvant exclure un dirigeant dont l’intégrité et l’engagement n’étaient pas en cause, mais uniquement pour avoir désobéi à des consignes venues du sommet de l’ANC.

Désobéissance civile, grèves, campagnes de boycott

En 1948, les coordonnées de la politique sud-africaine se transforment. Le Parti national, qui avait précédemment manifesté son soutien à l’Allemagne nazie, remporte les élections. Sa plate-forme est connue sous l’intitulé "Apartheid" (qui signifie séparation). Le nouveau pouvoir considère les Afrikaners comme le peuple élu de Dieu, les Noirs étant une espèce subordonnée. L’Église réformée hollandaise soutient le nouveau gouvernement. La Ligue de la jeunesse, elle, confirme son orientation en faveur de la création d’un mouvement de libération nationaliste « dirigé par les Africains ». Mandela explique : « Je sympathisais avec le courant ultra-révolutionnaire du nationalisme africain. J’étais en colère contre les Blancs, pas contre le racisme. » Face à un pouvoir de plus en plus répressif et ségrégatif, l’ANC modifie sa stratégie, jusqu’à présent légaliste. Là débutent les grandes mobilisations de désobéissance civile, les grèves, les campagnes de boycott, souhaitées par la Ligue de la jeunesse.

Les rapports de Mandela au Parti communiste changeront à partir du moment où le pouvoir fait voter une loi sur l’interdiction du communisme, dont la transgression était passible de dix ans d’emprisonnement. « Il était évident que la répression contre un groupe de libération frappait tous les groupes », cela d’autant plus qu’en réalité la moindre protestation pouvait être qualifiée de "communiste". Ainsi furent resserrés les rangs entre opposants à l’Apartheid. Mandela écrit : « Ma longue opposition au communisme cédait », évoquant des « préjugés » qui se sont effacés du fait de son expérience de l’action commune au sein de l’ANC… mais aussi de ses lectures : Marx et Engels, Lénine, Staline, Mao... Il est « stimulé » par le Manifeste du Parti communiste et « épuisé » par Le Capital.

Il résume ainsi sa perception du communisme : « L’idée d’une société sans classes m’attirait beaucoup, une société qui, dans mon esprit, pouvait se comparer à la société traditionnelle africaine avec une vie commune, fondée sur le partage. J’étais d’accord avec le principe de base de Marx, qui avait la simplicité et la générosité de la règle d’or : “De chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins”. Le matérialisme dialectique semblait offrir à la fois un projecteur qui illuminait la nuit obscure de l’oppression raciale et un outil qu’on pouvait utiliser pour y mettre fin. Cela m’aidait à voir la situation autrement qu’à travers le prisme des relations entre Noirs et Blancs car, si notre lutte devait triompher, nous aurions à dépasser cette différence. » Alors ? « Je n’avais pas besoin de devenir communiste pour travailler avec eux. Je trouvais que le nationalisme africain et le communisme africain avaient bien plus de choses qui les unissaient que de choses qui les divisaient. Les cyniques suggéraient toujours que les communistes nous utilisaient. Mais qui peut dire que nous n’utilisions pas les communistes. »

Dans les années suivantes, Mandela est poursuivi plusieurs fois dans le cadre de la répression contre le communisme : interdiction de circuler, de participer à des meetings ou des rassemblements… Il est chargé de mettre en place l'organisation clandestine de l'ANC, ses dirigeants s’apprêtant à ce qu’elle soit interdite, comme l’est déjà le Parti communiste. En parallèle, il ouvre avec Olivier Tambo, qu’il a connu pendant ses études, un cabinet d’avocat, côtoyant ainsi de près à la fois les réalités quotidiennes des politiques discriminatoires et la réalité d’un système judiciaire faits pour les droits des dominants blancs.

Répression de l’ANC pour cause de communisme

Avec la répression impitoyable du gouvernement, le débat sur la nécessité de la violence ne tarde pas. À l’occasion d’un meeting, Mandela souligne que « le temps de la résistance passive est terminé, que la non violence est une stratégie vaine (…). La violence est la seule arme qui détruira l’Apartheid . » Ainsi, « la résistance passive non violente est efficace tant que votre adversaire adhère aux mêmes règles que vous. Mais si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin. (…) Il n’y a aucune bonté morale à utiliser une arme inefficace. »

À ce moment, l’ANC se lance dans la rédaction d’une Charte de la liberté pour l’Afrique du Sud démocratique, rédigée à travers un large processus de délibération et l’organisation d’un Congrès du peuple. Ce texte(2) est une synthèse entre des objectifs pratiques et un langage poétique, selon l’expression de Mandela. Le pouvoir n’aura ensuite de cesse de considérer ce texte comme communiste, de même que les radicaux nationalistes de l’ANC (anticommunistes et anti-blancs). Mandela nie dans ses mémoires l’influence des idées communistes dans ce texte… tout en soulignant qu’il était révolutionnaire dans la mesure où ses ambitions ne pourraient pas être réalisées sans transformer radicalement les structures politiques et économiques du pays.

En 1956, Mandela et les principaux dirigeants de l’ANC et de ses alliés sont arrêtés pour haute trahison et conspiration destinée à remplacer l’État existant par un État communiste, citant pour preuve la Charte. Parallèlement, une nouvelle organisation voit le jour, le Pan Africanist Congress (PAC), organisation africaniste concurrente de l’ANC, sur des bases rejetant le multiculturalisme et anticommunistes. Nouveau tournant en 1959, avec le massacre de Sharpeville, un township situé à une cinquantaine de kilomètre de Johannesburg : 69 morts africains tués par la police. Il eut un écho mondial, mais la répression s’intensifia. Le 8 avril 1960, l’ANC et le PAC sont déclarés illégaux, puis l’état d’urgence est déclaré. Durant les audiences, l’accusation tente de prouver que Mandela est un dangereux communiste.  « Je refusais de laisser croire que je prenais mes distances vis-à-vis de nos alliés communistes » : « Je n’hésitais pas à réaffirmer l’extraordinaire soutien que les communistes nous avaient apporté. » Le 29 mars 1961, surprise, les accusés sont déclarés non coupables et acquittés.

Clandestinité, lutte armée

Avec nombre de ses camarades de lutte, Mandela entre dans la clandestinité. Il est partisan d’engager la lutte armée, dont le président de l’ANC, A.J. Luthuli, a admis la nécessité. Au terme de débats difficiles, la décision est prise : Mandela est chargé de créer un organisme militaire, distinct de l’ANC clandestine, tandis que la politique de l’ANC reste la non-violence. De son côté, le PC s’est reconstitué dans la clandestinité et crée sa propre branche militaire. Là où la direction de l’ANC était restée jusqu’à présent composée de Noirs, un des premiers actes de Mandela est de recruter Joe Slovo, blanc et communiste, ainsi que d’autres militants communistes déjà aguerris, pour créer Umkhonto we Sizwe (La lance de la nation, "MK").

À nouveau, Mandela s’appuie sur les livres concernant cette fois les tactiques de guerilla non conventionnelle : Che Guevara, Fidel Castro, Mehamed Begin… Parmi les quatre types d’action violente possible - le sabotage, la guerre de guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte -, MK choisit le sabotage, car il cause le moins de torts aux individus. MK réalise alors des raids contre des installations militaires, des centrales électriques et des moyens de transports. C’est à cette époque que Mandela voyage en Afrique, rencontrant les organisations du Mouvement de libération de l’Afrique orientale, centrale et australe, qui fédère les États indépendants d’Afrique et les mouvements existant sur le continent. Il y cherche des soutiens politiques et financiers, qu’il obtient malgré le soupçon pesant sur l’ANC de collusion avec les communistes blancs. Il séjourne aussi à Londres, avant de suivre un entraînement militaire en Ethiopie.

À son retour, Mandela promeut une expression autonome de l’ANC, afin de démentir l’image qui lui est nuisible d’inféodation au Parti communiste. Et dans le même temps, il poursuit son travail clandestin avec les communistes. Il est arrêté le 5 août, comme d’autres dirigeants, dont Walter Sisulu.

Mandela choisit d’assurer lui-même sa défense, avec Joe Slovo comme avocat-conseil. Le procès, suivi dans le monde entier (à cette époque, l’ONU a voté des sanctions contre l’Afrique du Sud), est centré sur l’accusation de sabotage destiné à faciliter une révolution violente et une invasion du pays. Au cours de sa défense, Mandela martèle encore une fois l’idée que la charte de la liberté n’est pas un projet d’État socialiste et s’il assume tout à fait la coopération entre l’ANC et le Parti communiste, il y voit un but commun – « la fin de la suprématie blanche » - et « non une entière communauté d’intérêt ». Il fait un hommage appuyé aux communistes, particulièrement saisissant dans le cadre d’un tel procès : « les communistes ont formé le seul groupe politique d’Afrique du Sud prêt à traiter les Africains comme des êtres humains et comme leurs égaux. (…) À cause de cela, il y a aujourd’hui beaucoup d’Africains qui ont tendance à confondre la liberté et le communisme. » Ce qui ne l’empêche pas d’exprimer des différences : le système parlementaire d’Occident, que les communistes considéraient comme antidémocratique et réactionnaire, lui, l’admire. Alors que la peine de mort était la peine la plus probable, les 11 accusés sont finalement condamnés à l’emprisonnement à vie.

La prison : les années sombres

Durant ses 27 années d’emprisonnement sur l’île de Robben Island, Mandela et ses compagnons continuent le combat, mal informés de la résistance qui se poursuit à l’extérieur, ainsi qu’au plan international. Pendant ces années sombres, les conditions de détention sont impitoyables, avec une répression violente de toutes les revendications. Puis l’étau se desserre peu à peu, tandis qu’à l’extérieur émergent des mouvements plus radicaux que l’ANC, dont certains responsables du Mouvement de la conscience noire, rejoignent les vieux en prison. Mandela raconte que ces jeunes, entrés dans la lutte dans les années 70, portaient ce qu’il avait lui-même défendu à leur âge avec la Ligue de la jeunesse : un combat nationaliste contre la ségrégation des Noirs, excluant les Blancs. Il évoque le travail politique mené, qui avait conduit nombre d’entre eux à rejoindre l’ANC.

Mandela évoque les débats récurrents en prison, qui concernent souvent les rapports entre l’ANC et le PC. Certains prisonniers pensaient que les deux organisations n’en formaient qu’une, ce qui était inexact. Cependant, Mandela précise : « À Robben Island, le Parti communiste n’existait pas en tant qu’entité séparée. En prison, il n’était pas nécessaire de marquer la même différence entre l’ANC et le SACPO qu’à l’extérieur. » D’autres débats concernaient la nécessité ou non que la direction de l’ANC soit composée uniquement des militants « issus de la classe ouvrière », la circoncision, ou encore… l’existence des tigres en Afrique. Les prisonniers, coordonnés entre eux par un "Haut commandement", organisaient une sorte d’université, où les cours étaient donnés entre prisonniers, tandis que certains suivaient aussi des études universitaires officielles (par correspondance). Mandela, lui, donnait un cours d’économie politique : « Mon approche n’était pas idéologique mais j’avais une préférence pour le socialisme, que je considérais comme le stade le plus avancé de la vie économique développé alors par l’homme. »

Vers la négociation

Nouvelle phase en 1978. P. W. Botha devient Premier ministre. Les conditions d’emprisonnement s’améliorent, mais la politique de l’État reste extrêmement dure. C’est la période où l’ANC engage une campagne "Libérez Mandela !", reprise et déclinée dans le monde entier. Mandela et certains de ses compagnons sont transférés et isolés. De temps en temps, Mandela reçoit la visite de journalistes ou de personnalités que le pouvoir espère voir témoigner de conditions d’emprisonnement correctes. Mandela constate que, souvent, ces interlocuteurs évoque deux problèmes : son communisme supposé et son goût pour le terrorisme. En 1985, Botha propose à Mandela de le libérer à condition qu’il rejette « de façon inconditionnelle la violence comme instrument politique ». Et le pouvoir de souhaiter inverser les responsabilités : «  Ce n’est plus le gouvernement sud-africain qui s’oppose à la libération de Mr Mandela. C’est lui-même. » Lui refuse : « Seul un homme libre peut négocier. »

Mandela en est venu à la conviction qu'une négociation est nécessaire. Il prend alors sur lui d’engager la discussion, utilisant son isolement pour pouvoir exprimer, en cas d’échec, qu’il n’a pas engagé l’ANC. Pour avancer, Mandela explique à ses interlocuteurs successifs qu’il « est un nationaliste sud-africain, non un communiste, que les nationalistes étaient de toute teinte et de toute couleur et que j’étais le partisan résolu d’une société non raciale. Je croyais à la Charte pour la liberté, pour moi cette charte incarnait les principes de la démocratie et des droits de l’homme et ce n’était en aucun cas un projet de société socialiste. » Et à propos de la violence : « La violence ne pourra jamais être la solution définitive à la situation en Afrique du Sud. »

Quatre questions seront au cœur des discussions, durant des mois : la lutte armée, l’alliance entre l’ANC et le PC, la loi de la majorité et l’idée de réconciliation. Sur la lutte armée, Mandela indiquait : « c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. » Sur le deuxième point : « Aucun combattant de la liberté qui se respecte n’acceptera jamais d’obéir aux ordres du gouvernement qu’il combat, ni ne rejettera jamais un très ancien allié afin de plaire à un adversaire. »

Enfin, le vent tourne avec le remplacement de P. W. Botha par F. W. De Klerck, que Mandela décrit comme un homme d’appareil auquel le changement semblait « nécessaire et inévitable ». Celui-ci ouvrit la porte au démantèlement de l’Apartheid, annonçant notamment la levée de l’interdiction de l’ANC, du PAC, du Parti communiste et d’autres organisations, la libération des prisonniers incarcérés pour des activités non violentes, la suspension de la peine capitale…

Suspension de la lutte armée, gouvernement d’unité nationale

Le processus de négociation est difficile : « Malgré ses actions positives, Mr De Klerk n’était pas un émancipateur, mais un pragmatisme prudent. (…) il voulait assurer le pouvoir des Afrikaners dans un autre type d’organisation. Il n’était pas encore prêt à négocier la fin de la domination blanche. » Cependant, en mai 1990 a lieu la première séance de pourparlers avec le gouvernement. Joe Slovo, qui dirige le Parti communiste, fait partie des 11 membres de la délégation de l’ANC, de même que Joe Modise, le commandant en chef de MK. Des tentatives de séparer l’ANC et le PC ont lieu, mais elles sont mises en échec par Mandela.

Le rôle joué par Joe Slovo, en complicité étroite avec Mandela, a ensuite été décisif. En effet, raconte Mandela, c’est Joe Slovo qui propose à Mandela puis à la direction de l’ANC la suspension de la lutte armée afin de créer un climat différent pour la négociation, cela contre l’avis d’une partie des dirigeants. Et quelque temps plus tard, c’est à nouveau le responsable du PC sud africain qui fait la proposition controversée d’un gouvernement d’unité nationale transitoire, incluant le partage du pouvoir avec le Parti national. Là où pendant de nombreuses années, le pouvoir blanc avait cherché à négocier un droit de véto contre un éventuel gouvernement noir, il était maintenant contraint à participer à un gouvernement issu du suffrage de tous les Sud-Africains (sans droit de veto). On soulignera la nature de ces deux propositions : la première assume une rupture radicale avec une orientation dépassée ; la seconde consiste à dépasser un clivage pour servir la fin de l’action, à savoir la mise en cause de l’Apartheid. Et la posture consistant à ce que de telles inflexions viennent des plus déterminés des opposants à l’Apartheid, elle aussi, va bien à une démarche communiste.

La période fut endeuillée par l’assassinat de Chris Hani, secrétaire général du PC sud-africain, auquel Mandela rend un hommage appuyé (et qui eut des funérailles officielles, bien que le pouvoir n’ait pas encore changé de main) et par Olivier Tambo, qui fut le précieux dirigeant de l’ANC durant les années de prison à Robben Island. Les étapes suivantes furent bien plus heureuses, aboutissant à l’organisation des premières élections nationales non raciales le 27 avril 1994.

Au total, Mandela comprit très tôt qu’à travers la volonté du pouvoir pro-Apartheid et des tribunaux de le combattre comme communiste, et aussi derrière les exigences sans cesse formulées qu’il s’en dissocie, c’est tout le combat contre la ségrégation qui était visé. Ainsi, l’alliance avec les communistes sud-africains n’a pas seulement été un moyen de peser au quotidien dans la société, mais un moyen décisif pour tenir avec constance, sur la très longue durée, la visée d’une société débarrassée de la domination raciste. Au cours de ses expériences militantes de jeunesse, ses rencontres avec des communistes l’éloignent d’un nationalisme africain radical porteur de divisions pour le mouvement anti-Apartheid et le rapprochent d’une vision globale de l’avenir de l’Afrique du Sud. Ainsi, il est permis de souligner le rôle déterminant de la contribution communiste à une victoire majeure du combat pour l’émancipation.

Gilles Alfonsi, 20/09/13, publié sur le site de Cerises.

1 Editions Le livre de proche, 1994, 768 pages.

2 fr.wikipedia.org/wiki/Charte_de_la_liberté - Texte complet : intranet.crdp-nantes.fr/cinema/upload/43001-j6XSiza3.pd

 

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C’est du jamais vu, une application mobile peut désormais diagnostiquer la malaria. C’est l’invention de quatre étudiants ougandais en informatique à l’université de Mekerere (Kampala), se faisant appeler Code 8.

 


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Entre deux maux il faut choisir le moindre. Tel est le proverbe et, telle est la position adoptée par le parti SADI et rendue publique le cinq août dernier au cours d’une conférence de presse dans les locaux de radio Kayira à Bamako.
Le résultat du premier tour des élections présidentielles a-t-il conduit à choisir entre deux maux : la peste ou le choléra ? Les deux termes qui concluent habituellement le proverbe cité.


altLes nouveaux soupirants de l’Afrique et le dilemme de nombreux investisseurs partenaires

Le Brésil, compte tenu des similarités culturelles et économiques avec l’Afrique, a une meilleure chance de devenir le partenaire commercial et d’investissement idéal pour le continent, même si le cadre d’échange global des Brics est maintenu.

 


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Les raisons qui font que vous allez aimer vivre en Afrique

L’Afrique terre mère et de l’avenir. Une terre où tout reste à exploiter, à condition de bien le faire. Et si retourner vivre en Afrique relevait plus de l’opportunité plutôt qu’une aventure ? Vous avez mille et une raisons de le faire.

 


altBulletins "Afriques en lutte"

IMETUEUSE REVOLUTION!. l'Egypte pourrait être le début d’un nouveau processus historique, celui du début de la fin de l’islam politique qui, du fait d'une mobilisation populaire inédite, vient d'enregistrer un échec majeur avec le renversement de Morsi, issu des Frères musulmans.

 


altMali : APPEL A NOS COMPATRIOTES

Chers compatriotes,Aujourd’hui, notre nation traverse la période la plus triste et la plus grave de son histoire depuis son accession à l’indépendance le 22 septembre 1960. L’espoir suscité, en 1991, par le formidable mouvement des élèves et étudiants, soutenus par les populations et les forces politiques, s’est transformé en un cauchemar qui remet en cause notre existence en tant que nation.


mandelaNelson Mandela, une destinée sud-africaine

Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 à Mvezo, près d’Umtata dans le Transkei, région située dans l’est de la province du Cap-Oriental. Madiba, comme on le surnomme affectueusement, est le fils d’Henry Mandela, le principal conseiller du chef du Thembuland. Après la mort de son père, il devient pupille du chef afin d’être formé à la charge héritée de son père. Le règlement des litiges qui sont présentés à la cour et le glorieux passé de ses ancêtres dans la défense des intérêts de leurs concitoyens détermineront son avenir.


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La nouvelle ruée vers l’Afrique bat son plein

Depuis l’époque coloniale, ceux qui cherchent des matières premières peuvent faire ce qu’ils veulent en Afrique, pratiquement sans entrave. Après la décolonisation, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont affaibli bon nombre d’États en leur imposant des réformes structurelles. Aujourd’hui, toutefois, certains gouvernements africains tentent de résister.

 


 

 

 

 

 

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